Il y a des choses étranges

Comme quoi la mort, c'est fun.

Comme quoi la mort, c'est fun

Il y a des choses étranges.

Par exemple, il y a plein de mangas d’horreur que j’apprécie. Pourtant, de manière générale, je n’aime vraiment pas l’horreur. Pour tout dire, je trouve ça horrible, et ça me fait peur.

Je dirais volontiers que c’est différent avec la 2D. Mais je ne peux pas nier que je frissonnais la première fois que j’ai lu Tsukihime (le jeu), dans le noir dans la nuit. Surtout à la scène de l’hotel. Je ne peux pas non plus oublier les nuits pendant lesquelles je ne pouvais dormir après avoir lu le tome 2 de Spirale, de Junji Itô. Dès que je fermais les yeux, j’imaginais ces affreuses femmes-moustiques venir à coté de mon lit et me sucer le sang. Pas par peur qu’elles existent vraiment ; l’idée elle-même me terrifiait

D’ailleurs, je me rappelle que cette peur restait purement portée sur une image bidimensionnelle. Lorsque je visualisais la scène qui m’effrayait, je voyais au coté de mon lit une femme plate, en noir et blanc, comme tout droit tirée du manga. Je ne pense pas que mon esprit soit allé jusqu’à transposer cette image dans un phantasme plus réaliste, ou les femmes-moustiques auraient trois dimensions et des couleurs. D’un coté, peut-être ne l’a-t-il pas fait parce que, justement, la version bidimensionnelle était plus marquante. Sa dangerosité avait eu le temps d’être gravée dans mon esprit par la lecture du manga. Une version 3D aurait été plus déconnectée, plus irréelle.

Une femme moustique bouffe un médecin fou

Cette page n'est pas moe.

Il est vrai, néanmoins, que ce doit être le seul manga qui aie un jour dérangé mon sommeil. En m’effrayant. (Parfois, lire d’autres types de mangas stimulent trop mon imagination, ce qui m’empêche de dormir. Mais c’est une autre histoire.) À bien y réfléchir, peut-être L’école emportée de Kazuo Umezu m’avait-il fait un effet similaire. Mais je l’avais lu en même temps que Spirale, ça a peut-être modifié son impact.

Par contre, j’ai une forte tendance à apprécier les héroïnes de manga d’épouvante. Généralement, elles sont bien moins niaises que les héroïnes de shôjo de romance.

Shi to kanojo to kare t.1

Je trouve cette page moé, pas vous ?

Les spécialistes ont d’ailleurs l’air d’opiner qu’une BD, ça ne fait jamais peur. Et je cite Beaux Arts :

La bande dessinée peut-elle faire peur ? Il est en effet communément admis par ses théoriciens que le 9e art, de par certaines de ses spécificités formelles, notamment le fait que le lecteur soit maître du rythme de la lecture, échoue généralement à provoquer l’effroi, au contraire du cinéma.

Toujours est-il que, lorsque je conseille un manga d’épouvante, je m’entend généralement répondre que « Ah, mais j’aime pas l’horreur. ». Bah ouais, on est deux, non ?

Pic unrelated, mais Blue Drop c'est bien.

Pic unrelated, mais Blue Drop c'est bien.

Sautons du coq au poussin : récemment, j’ai lu un manga cool qui s’appelle Franken Fran. C’est l’histoire d’une jeune fille toute rafistolée qui s’appelle Fran et qui rend service à des gens.

J’ai du mal à rire en lisant des mangas. Il y a plein de trucs censés être drôles qui ne me font pas rire. Par exemple, Love Hina, et tout ces mangas dans lesquels un héros masculins se fait taper par une fille (LOL XD UN GARÇON SE FAIT TAPER PAR UNE FILLE LOLOL WWWW). Même si je sais que c’est sensé être drôle, je ne ris pas. Ça n’arrive pas qu’avec les mangas, d’ailleurs.

Pourtant, Franken Fran est un des mangas qui me fait rire aux éclats toutes les 3 pages. C’est affreux, cruel et tout ce qu’on veut, mais l’absurde fait que ça en devient drôle. Pourtant, je n’aime pas l’humour cruel. D’ailleurs, certaines scènes de Franken Fran m’ont fait un effet relativement désagréable (i.e. beurk). Mais ce sont souvent ces mêmes scènes qui concentrent le plus d’absurdité et qui font le mieux rire.

Ça fait donc rire, et pour cause : on a droit à du véritable humour de situation, et non une utilisation de situations récurrentes juste histoire de placer un truc drôle (e.g. fille tape garçon olol bis).

Par exemple, faire de l'humour sur les traps, c'est une chose très rare dans les mangas.

Par exemple, faire de l'humour sur les trap, c'est une chose rare dans les mangas.

Pour expliquer un peu, parlons d’ un chapitre de Franken Furan que j’ai beaucoup aimé. Je n’en citerais pas le numéro histoire de pas spoiler, mais c’est tôt dans l’histoire.
Au cours de la lecture, j’ai traversé la séquence d’émotions suivante :
- Roh la sale…
- MOUAHAHA C’EST TROP CRUEL
- zomg plot twist, en faite c’était pas cruel. Roh, comme c’est mignon.
- uhwhat? MOUAHAHA C’EST TROP CRUEL beurk, tourner la page vite >_< »
La structure de ce chapitre est géniale. Il part d’une situation relativement cliché pour la retourner dans l’horreur. Rires. On se retrouve à suivre une version pervertie du cliché inverse, et on croit voir la fin arriver. Mais re-retournement de situation. Surpris, on croit tout d’un coup à l’arrivée d’une fin love love gentille. À ce point de l’histoire, on peut tirer une belle morale des évènements. A était méchante, elle s’est fait punir, B était gentil avec elle, du coup elle est devenue plus gentille et ils sont tous les deux récompensés. SAITROBO<3<3. Mais c’est là qu’arrive le coup de grâce qu’est le re-re-retournement de situation final. C’est de la cruauté gratuite de la part de l’histoire, et la morale est complètement brisée. Au final, le chapitre surprend le lecteur à minimum 3 reprises en allant à contre-courant de ce à quoi il s’attendrait.

Conclusion : Je ne sais toujours pas pourquoi les mangas d’horreur me plaisent, mais lisez Franken Fran quand même.

Note: Oui, je confonds totalement épouvante, horreur, et fantastique gore dans ce billet. C’est mal