Note sommaire sur Aoi Hana, à propos d’une prétendue exagération du taux de saphisme

Diverses personnes semblent reprocher à Aoi Hana une concentration de lesbiennes irréaliste et gênante. Je ne pense pas que la question soit de première importance, mais je suis d’avis contraire. Si l’on analyse plus posément ce que l’anime a pour le moment montré, nous pouvons résumer les choses comme suit : (le lecteur, j’espère, me pardonnera l’excessive schématisation, qui n’a pour but que de clarifier l’explication)

  • Fumi, l’héroïne, est lesbienne. C’est tout à fait possible.
  • En se baladant dans le lycée, elle rencontre une fille, Yasuko, qu’on pourrait sans déformer démesurément les choses qualifier de butch, et cela la pousse (peut-être inconsciemment) à se rapprocher d’elle. C’est également tout à fait crédible, et ce genre de choses arrive pour de vrai dans le monde réel.
  • Yasuko a une connaissance amoureuse d’elle, Kyôko. Encore une fois, rien d’extraordinaire.

Au delà de ces trois là, les choses sont certes moins évidentes : certes, Akira est propulsée par le générique dans un couple canon en compagnie de Fumi. Néanmoins, il est à noter que rien, au delà de ce générique, ne nous permet pour l’instant de faire quelque affirmation que ce soit à propos de la sexualité d’Akira. Le manga même, qui en est bien plus loin que l’anime, **SPOILER** ne nous donne pas assez d’élément pour affirmer que ces deux là finiront ensemble. Certes, Akira s’avoue à un moment être amoureuse de Fumi. Mais rien ne dit qu’il y aura une relation amoureuse et, si un jour relation il y a, si elle durera. Le parallèle avec Hourou Musuko **SPOILER** est de mauvaise augure. Je me permettrais également de faire un parallèle avec la réalité — après tout, nous sommes entrain de discuter de réalisme. Il n’est pas inhabituel dans la vie d’une personne homosexuelle de tomber amoureux d’un ami hétérosexuel du même sexe ; il n’est pas tout à fait inhabituel non plus que cela aboutisse ; néanmoins, il est très inhabituel que ce genre de relations se prolonge. Alors certes, dans le cas éventuel si Akira se révèle réellement amoureuse de Fumi, et les deux protagonistes s’engagent dans une relation relativement durable et stable, ce serait différent du cas le plus réaliste et courant.

Ce n’est pas là le seul point qu’on pourrait mettre en avant pour critiquer un manque de réalisme dans Aoi Hana. Ainsi, on notera que tous les personnages de Takako Shimura semblent munis d’un gaydar surdéveloppé, ou encore que le monde est étonnamment petit, et que la rencontre d’Akira et de Kyôko (qui tient déjà le rôle d’amoureuse sans réciprocité auprès de Yasuko) tient d’une chance incroyable

Mais, si l’on reconnaît volontiers que l’œuvre n’a pas vocation au naturalisme, est-ce là un quelconque défaut, une plaie qu’il faut condamner ? Bien évidemment non, car si nous aimons l’animation japonaise, ce n’est certainement pas par goût pour les histoires terre-à-terre. Mais ce n’est pas au nom du goût certain des wotaques pour le rêve que je fustige certains détracteurs d’Aoi Hana. Ce qui compte beaucoup, et que l’on néglige, c’est la sincérité du message.

Par « message », je n’entend pas, bien sûr, que je fais revêtir à l’auteur le rôle de militant ou de prêcheur. Le message d’une œuvre n’est pas forcément politique, moral, ou informatif ; il n’est pas forcément précis et délibéré. C’est pourquoi, dans le cas de l’œuvre de Shimura, j’aurais du mal à définir clairement l’objet de ce sentiment de sincérité que semblent manquer certains.

Pour prendre un exemple qui touchera certainement plus de lecteurs, je comparerais volontiers cette sensation avec celle que nous ressentons à la lecture de Genshiken. Ainsi, l’œuvre de Shimoku ne vise-t-elle pas au réalisme documentaire, mais il y a une certaine connivence entre le manga et le lecteur wotaku, une certaine reconnaissance dans les personnages et dans leur sentiments qui nous les font ressentir, malgré l’embellissement évident, comme une expression d’une profonde sincérité de la part de l’auteur.

Ainsi, si certaines situations semblent être le fruit d’un hasard qui fait étrangement les choses, ça ne fait pas d’Aoi Hana une œuvre superficielle et creuse, car le message que l’auteur communique ne se situe pas à ce niveau, et sa sincérité ne se ressent pas dans la simple juxtaposition des évènements de l’histoire ; c’est par le regard qu’on porte, par la narration, et par les sentiments que Shimura transmet au travers ses personnages que son œuvre est si touchante et vraie.